Résumé : Un stéréotype coriace imprègne les imaginaires du monde du jazz en France : pendant la période « free », le militantisme politique aurait éclipsé l’esthétique. Cette identification partielle d’une musique pourtant bigarrée fut le produit d’une « collaboration polémique » entre partisans et détracteurs de ce phénomène. L’exemple des interprétations de l’oeuvre du saxophoniste Albert Ayler illustre parfaitement les enjeux de cette nouvelle « bataille du jazz ». L’ancienne génération voyait en lui un nihiliste infantile, dont la médiocrité était absoute par l’idéologie. La critique structuraliste de gauche en fi t un avatar du prolétaire révolutionnaire, dont la musique, en « déconstruisant » les conventions du jazz antérieur, devenait subversion des valeurs bourgeoises. En localisant ainsi exclusivement l’origine du « free jazz » du côté des rapports de force entre classes et cultures antagonistes, elle détermina les significations qui devaient en découler nécessairement, sans égards pour les intentions explicites des musiciens ou d’autres possibilités d’appropriation. Faire la critique de telles normes, c’est restituer la multiplicité du signe musical et des pratiques d’écoute possibles.
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